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Dimanche 29 juin 2008

   18 juin 2008

"Nous avons vécu aujourd'hui un épisode cruel pour les droits de l'Homme au sein d'une Union européenne qui viole les principes de simple humanité" accuse la députée européenne, Françoise CASTEX, suite à l'adoption par le Parlement européen de la directive relative aux normes et procédures applicables au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, cette directive que les associations de défense des Droits de l'homme ont surnommé "la Directive de la honte".

Depuis trois ans, la gauche européenne mène une bataille acharnée contre les dérives sécuritaires et répressives défendues par le Conseil et par la droite européenne (l'UMP pour la France) avec le soutien des Libéraux (Modem et Nouveau centre pour la France).

Pour Françoise CASTEX, la droite et les libéraux européens se sont déshonorés en votant pour une réglementation qui prévoit:

- d'enfermer des mineurs dans des centres de rétention et de les renvoyer vers des pays avec lesquels ils n'ont aucun lien et où aucune famille ne les attend, en leur refusant le droit à l'éducation;

- de porter la durée de rétention dans les centres à 18 mois, leur refusant même l'assistance juridique et linguistique élémentaire;

- de bannir pendant 5 ans toute personne entrée irrégulièrement sur le territoire de l'Union européenne, au mépris du droit à une protection internationale.

Bien sûr, les socialistes français ont voté contre cette Directive, mais Françoise Castex insiste: " certain jour, cela ne suffit pas d'avoir bonne conscience parce que nous n'avons pas mêlé nos votes à ceux de la droite. Il y a des défaites plus amères que d'autres. Je suis vraiment très triste et j'ai honte de ce qui s'est passé aujourd'hui au Parlement européen".

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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Vendredi 20 juin 2008

Sami Naïr professeur de science politique à l’université de Paris-VIII.

Libération du mercredi 18 juin 2008

 

La nouvelle directive européenne sur l’immigration illégale, qui propose des normes communes sur la rétention et l’expulsion, s’inscrit dans la logique de durcissement adoptée depuis 2005. Quatre dispositions, hautement symboliques, sont introduites : elles concernent le retour volontaire, la rétention, la réadmission et les mineurs.

La directive prétend ouvrir la possibilité d’un retour volontaire dans un délai de 4 semaines. Mais la formulation est extrêmement ambiguë : elle appelle retour volontaire ce qui est en réalité un retour obligatoire. Ainsi, l’article 6 alinéa 2 place l’étranger dans des contraintes permanentes, comme par exemple le fait de devoir «se présenter régulièrement aux autorités, déposer une garantie financière, remettre des documents ou demeurer en un lieu déterminé». Les Etats vont également mettre en place un financement de ce retour. Sur la durée de rétention, l’UE a déjà créé, au titre de la politique dite d’«externalisation», des camps d’internement pratiquement hors droit. Désormais, il s’agit de légiférer sur la durée de rétention à l’intérieur même de l’UE. La «garde temporaire» avant expulsion dans le pays d’origine, est fixée maintenant à six mois (art.14) et pourra atteindre jusqu’à dix-huit mois. Le projet initial de la Commission proposait une durée maximale de six mois. Les Etats, présentant entre eux des durées de rétention extrêmement différenciées et pouvant aller de trente-deux jours en France ou quarante-deux jours en Espagne à l’astreinte illimitée, se sont mis d’accord pour adopter la moyenne de… dix-huit mois !

Les partisans de ce durcissement présentent cette décision comme une victoire face aux Etats les plus répressifs, qui pratiquent la rétention illimitée. Mais n’est-ce pas aussi permettre aux plus protecteurs d’avoir désormais la possibilité de passer de trente-deux jours à dix-huit mois ? Un alignement sur une moyenne de détention haute ne saurait être une «avancée».

Cette disposition se double d’un autre verrou, qui concerne la réadmission sur le territoire européen de l’étranger expulsé. Désormais, celui-ci ne pourra plus se présenter aux frontières de l’Union pendant cinq ans (ou plus, s’il est catalogué comme représentant une menace pour la sécurité) (article 9). Dans les faits, il s’agit de l’institution d’un véritable délit d’immigration. Berlusconi, suivant les propositions des ministres néofascistes de son gouvernement, a poussé cette pénalisation à son terme : il a introduit dans le code pénal italien un «délit d’immigration clandestine» qui sera puni d’une peine allant de six mois à quatre ans de prison ! Les responsables européens n’approuvent pas cette décision, mais n’est-elle pas désormais une possibilité dans la conception de l’immigration illégale comme délit ?

Le troisième durcissement concerne les mineurs. Tous les pays de l’Union font face à cette nouvelle forme d’immigration. Mais comment réagir ? Le droit des mineurs étant l’un des plus protégés, on ne peut l’aligner purement et simplement sur la réglementation répressive qui prévaut à l’égard des adultes. Or, l’article 14 de la directive pose que les Etats auront le droit de détenir des mineurs pendant la même durée que les adultes, même si ce ne sera pas dans des «établissements pénitentiaires ordinaires». Mais nulle part ne sont définis ces «endroits spécifiques». La directive prétend respecter le principe de l’«intérêt supérieur de l’enfant» prévu par la Convention des Nations unies relatives aux droits de l’enfant (1989). Mais celle-ci ne traite pas de façon spécifique de la détention d’enfants pour cause d’immigration illégale.

D’autre part, dans la directive, se dessine en filigrane un mouvement de «déjudiciarisation» des procédures de détention et d’éloignement. Ainsi, l’article 14 alinéa 2, postule que «les décisions de placement en garde temporaire sont prises par les autorités judiciaires» mais précise, qu’«en cas d’urgence, elles peuvent être prises par les autorités administratives […]» et ensuite «confirmées» par les autorités judiciaires dans un délai de soixante-douze heures. Or, dans la pratique, cette substitution de la compétence du juge administratif à celle du juge judiciaire tendra à se systématiser et aura inévitablement des conséquences néfastes sur le respect des droits de l’étranger.

Cette directive s’accompagne également d’une offensive de la future présidence française de l’Union européenne, visant à rendre l’intégration des immigrés plus difficile encore. Sarkozy propose un «pacte d’immigration» visant à codifier des règles de sélection pour l’accueil des étrangers. La présidence française veut aussi faire admettre le principe du refus des régularisations «massives», afin d’éviter un «effet d’appel» qui aurait des répercussions sur tous les pays européens. Mais que signifie «massif ?» Pourquoi n’y a-t-il pas de chiffre ?

La réduction progressive du droit d’asile depuis le Traité de Maastricht conduit à des restrictions importantes. L’un des scandales les plus immoraux de ces dernières années concerne le cas des réfugiés irakiens. Depuis l’invasion de l’Irak, plus de 2,4 millions de personnes ont quitté leur pays. Entre 2003 et 2007, environ 100 000 Irakiens ont demandé l’asile en Europe, dont 40 000 entre 2006 et 2007. C’est beaucoup ? Eh bien la Syrie, dont le PIB est autrement plus bas que celui de l’UE, en a accueilli 1,4 million ! L’Europe se plaint de faire face à une augmentation de demande d’asile. Ce n’est pas vrai : l’Europe reçoit relativement peu de demandeurs d’asile comparé aux millions de personnes qui migrent à l’intérieur de l’Afrique et de l’Asie. En revanche, il y a surtout un durcissement continuel des règles d’entrée qui grossit objectivement le nombre de refus et donc le nombre de reconductibles aux frontières. En réalité, le contenu global de la nouvelle directive comme celui des propositions françaises est très inquiétant. Qu’il faille légiférer sur les réfugiés demandeurs d’asile et sur l’immigration illégale, est évident - mais faut-il toujours le faire, sous prétexte de la crise économique, au mépris du droit des gens ?

 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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Mercredi 18 juin 2008

Le projet de loi européen destiné à harmoniser les règles d’expulsion des sans-papier vient d’être voté à une confortable majorité. Il prévoit notamment pour les clandestins qui "manquent de coopération" une durée de rétention prolongée à 18 mois et un bannissement du territoire européen pour 5 ans. 

L’objectif est de pousser aux départs volontaires. Et pour y arriver, les 27 ont choisi la manière forte. Le texte, qui débouche d’un compromis trouvé à l’arraché, n’a d’ailleurs pas du tout été amendé. Il a été voté à 367 voix contre 206 et 109 abstentions.

 

COMMUNIQUE  de  PRESSE


d'Harlem DESIR

 
Paris, le 18 juin 2008
 

En adoptant la directive "Retours" sous la pression d'une majorité des Etats membres, la droite européenne vient d'entacher la réputation du Parlement européen.
 
Le Parlement européen a été pour l'essentiel de son histoire un parlement de défense des droits de l'Homme et des Libertés. Il est même un exemple dans le monde pour cela. Sa majorité conservatrice vient de lui faire renoncer à ce rôle concernant les étrangers en adoptant la directive la plus liberticide de l'Histoire de l'Union européenne qui autorise une rétention de 18 mois pour des étrangers qui n'ont commis aucun crime, du seul fait d'une situation irrégulière au regard du séjour.
 
Cette directive autorise également les expulsions de mineurs non accompagnés et privera d'accès au territoire européen pendant cinq ans les étrangers expulsés. L'argument selon lequel les durées de rétention étaient plus longues encore voire illimitées dans certains pays ne justifie rien. Le rôle du Parlement  européen était d'être le garant du droit des personnes. L'Europe des libertés ne peut avancer en s'alignant sur le moins disant.

La politique européenne de l'immigration prend une tournure dangereuse: elle ne comporte aucun volet d'intégration civique et sociale, elle ne porte que sur le contrôle des frontières et les expulsions, et bafoue les principes les plus élémentaires des Libertés publiques dans l'Union Européenne. La droite européenne vient de prendre la grave responsabilité d'ouvrir la voie à toutes les dérives possibles au sein des Etats membres.
 
  
Harlem Désir
Député européen



L'Europe adopte des conditions controversées de "retour" des sans-papiers

Il y a 8 heures

STRASBOURG (AFP) — L'Europe va se doter de normes communes pour le renvoi des sans-papiers, à la suite d'un vote au Parlement européen qui a soulevé une tempête de protestations de la gauche et des ONG qui y voient une "directive de la honte".

La "directive retour", résultat d'un compromis inédit en matière d'immigration entre négociateurs du Parlement et les 27 Etats membres, a été approuvée par 367 voix contre 206 et 109 abstentions. Conservateurs, libéraux et eurosceptiques ont fait alliance face à des socialistes divisés.

Cette loi européenne, qui devra être transposée dans les pays membres d'ici deux ans, vise en priorité à faciliter les départs volontaires des étrangers en situation irrégulière dans l'UE.

S'ils refusent, ils peuvent être placés en rétention jusqu'à 18 mois avant d'être expulsés, et n'auront plus le droit de rentrer l'UE dans les cinq ans suivant leur renvoi.

La rétention et l'expulsion des mineurs, même non accompagnés, n'est pas non plus interdite, de même que l'expulsion de sans-papiers vers des pays de "transit".

Le conservateur allemand Manfred Weber, qui avait négocié le compromis avec les 27 gouvernements de l'UE, s'est lui félicité de la "victoire de la raison", en jugeant impossible de s'entendre avec les Etats membres sur des standards plus favorables aux sans-papiers.

Témoignage en revanche selon la socialiste française Martine Roure d'une "Europe qui se referme sur elle-même", le vote répond à un "diktat" des Etats membres, s'est emporté le communiste italien Giusto Catania qui a rappelé que 44 pays d'Afrique et d'Amérique latine avaient fait part de leurs réserves aux dirigeants européens.

Le président équatorien Rafael Correa a d'ailleurs aussitôt dénoncé cette "directive de la honte", et prôné un front latino-américain pour protester contre le vote.

Louise Arbour, Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, a elle aussi critiqué le texte, plaidant pour qu'on accorde les mêmes garanties aux demandeurs d'asile qu'à ceux qui fuient la misère ou la famine.

Le texte permettra d'"expulser, seuls, des mineurs non-accompagnés vers des centres d'accueil dans des pays tiers", déplore la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Aux critiques des Eglises, de la Confédération européenne des syndicats (CES), s'est ajouté un appel signé par le Prix nobel italien Dario Fo, les réalisateurs Luc et Jean-Pierre Dardenne, Pedro Almodovar, Philippe Diaz, l'actrice Penelope Cruz ou encore les chanteurs Manu Chao et Toure Kunda.

Le vote donne "un très mauvais exemple à d'autres régions dans le monde" juge Amnesty International qui a appelé les Etats aux conditions plus favorables aux sans-papiers à ne pas utiliser la directive "comme un prétexte pour rabaisser les normes".

Le texte ne les y oblige cependant aucunement, et la France --où la durée maximale de rétention est de 32 jours--, s'est déjà engagée à ne pas durcir sa législation. La directive fixe des normes minimales mais ne fait pas obstacle à des dispositions nationales plus favorables.

La limitation de la durée de rétention administrative à dix-huit mois maximum, va obliger six Etats qui n'ont aucune limite, ou une limite supérieure, à revoir leur copie. Parmi eux, la Suède, la Finlande ou les Pays-Bas et l'Estonie.

"Actuellement, n'importe quel pays de l'UE est en mesure de renforcer sa législation. Le vote d'aujourd'hui l'empêchera de le faire au-delà de certains standards minimaux", a assuré Manfred Weber.

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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Mardi 17 juin 2008

LIBERATION.FR : mardi 17 juin 2008

Carte scolaire: l'assouplissement renforce les ghettos

La première étape de la suppression de la carte scolaire conduit à une nouvelle dégradation de la mixité scolaire, «accélérant les processus sociaux déjà à l’œuvre depuis des années», selon un rapport officiel.

La première étape, en 2007, de la suppression de la carte scolaire a contribué à dégrader davantage la mixité sociale, selon un rapport de deux inspecteurs généraux de l’éducation nationale d’octobre 2007 qui n’avait pas été publié et que Le Monde révèle dans son édition datée de demain.
Selon le journal, le rapport juge que le principal effet de l’assouplissement de la carte scolaire a été de dégrader davantage la mixité scolaire, «accélérant les processus sociaux déjà à l’œuvre depuis des années».
«Dans la plupart des départements visités, la question de la survie de certains collèges est ouvertement posée», selon ce rapport. «C’est aux deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l’épreuve: dans les établissements les plus convoités, il y a peu d’élèves de condition modeste; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories favorisées qui ont disparu».
Après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, le gouvernement avait entamé pour la rentrée 2007 une première étape d’assouplissement de la carte scolaire, sur laquelle porte ce rapport. L’objectif en est la suppression à terme.
Interrogé par l’AFP, le ministère de l’Education a confirmé l’existence de ce rapport, ajoutant que ceux de l’inspection générale de l’éducation n’avaient «pas tous vocation à devenir publics»
Ce rapport «tire le bilan de l’expérimentation» de l’été 2007 et est «déjà obsolète», a-t-on estimé au ministère, puisque l’assouplissement se poursuit pour la rentrée 2008.
Dans un communiqué mardi, l’Unsa-Education a réagi à la révélation du rapport en parlant de «logique du ghetto».
Selon ce syndicat, «le rapport montre» que la «liberté» pour les familles de choisir l’établissement de leurs enfants, promise par le gouvernement, «est un leurre: elle affaiblit les plus fragiles et les plus démunis».
 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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Dimanche 6 janvier 2008

«La loi de séparation, c’est la marche délibérée de l’esprit vers la pleine lumière, la pleine science et l’entière raison», Jean Jaurès.

Après un petit tour médiatique avec Minnie à Disneyland, Mickey s’est rendu le 20 décembre à Rome pour rencontrer le pape et prendre possession de son nouveau titre « chanoine d’honneur de Saint Jean De Latran ».

A cette occasion, il en a profité pour faire la « fête » à la laïcité contredisant ainsi ses engagements de campagne et notamment les propos tenus le 30 novembre 2006 « la laïcité, c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat, cette séparation doit être absolue ». - émission A vous de juger, sur France 2- Mais Nicolas 1er – chanoine de Latran - n’est plus à une contradiction près.

Que Nicolas 1er se rende à Rome pour demander son titre religieux ne n’aurais pas plus choquée que ça – si cela lui gonfle un peu plus son ego – pas de problème - car nous savons désormais que Sarko est mégalomaniaque et que son plus grand problème est la quête permanente de l’affichage de son pouvoir et de son prestige. Ce qui me choque et qui devrait tous nous inquiéter – lisez le discours ci après – ce sont les termes du discours qu’il a prononcé à cette occasion.

En effet, dans ce discours le « président – chanoine » met à mal un des piliers, un des principes fondamentaux de notre République à savoir la Laïcité.

 

Pourtant notre constitution, dans son article, 1 est très claire «  la France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale » affirmant ainsi que la religion relève d’un choix et de la sphère privée. La laïcité, cadre protecteur des droits de l’homme, de l’égalité de tous les Français devant la loi, la liberté de tous les cultes, est dans ce discours mise à mal.

Les propos tenus le 20 décembre dernier par notre le nouveau chanoine de Latran sont inacceptables car venant du chef de l’Etat censé être le garant de notre constitution et des valeurs qu’elle porte.

En voici un petit bouquet : « La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû »,  « Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. » (... Enfin, jusqu’à la Révolution française !!), « Assumer pleinement le passé de la France et ce lien particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Église », « Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue interreligieux, dans les universités, je vous soutiendrai » Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance (Les enseignants apprécierons).

 

Incroyable il demande aux croyants – les catholiques- de partir comme des missionnaires porter la bonne parole dans nos banlieues, auprès des jeunes pour l’aider à résoudre la crise sociale et économique. Reconnaît il ainsi l’échec des politiques qu’il a menées, d’abord en tant que ministre d’Etat et, maintenant, en tant que président de la République.

Après La politique du karcher, voilà la politique de l’Ostie, de la bible et du crucifix pour résoudre les problèmes des habitants des banlieues ?? ...

Il me semble que la République n’a pas à sous traiter l’espérance aux religions, comme le fait Sarkozy dans ce discours, car n’est il pas du ressort de la République de construire un nouveau monde, un monde meilleur.

Il me semble qu’encore une fois que Nicolas 1er est dans le mélange des genres.

Ne nous y trompons pas après le discours de Dakar, maintenant celui de Latran, Sarkozy dévoile au fil de ses discours la véritable orientation qu’il souhaite donner à ses politiques et à ses choix futurs pour le futur monde qu’il rêve de construire. Il y a danger

 

 

Discours de Nicolas Sarkozy au Palais du Latran - Visite Officielle au Vatican

Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Permettez-moi d’adresser mes premières paroles au cardinal Ruini, pour le remercier très chaleureusement de la cérémonie qu’il vient de présider. J’ai été sensible aux prières qu’il a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. Je veux le remercier également pour l’accueil qu’il m’a réservé dans cette cathédrale de Rome, au sein de son chapitre.

Je vous serais également reconnaissant, Eminence, de bien vouloir transmettre à sa Sainteté Benoît XVI mes sincères remerciements pour l’ouverture de son palais pontifical qui nous permet de nous retrouver ce soir. L’audience que le Saint Père m’a accordée ce matin a été pour moi un moment d’émotion et de très grand intérêt. Je renouvelle au Saint Père l’attachement que je porte à son projet de déplacement en France au deuxième semestre de l’année 2008. En tant que Président de tous les Français, je suis comptable des espoirs que cette perspective suscite chez mes concitoyens catholiques et dans de nombreux diocèses. Quelles que soient les étapes de son séjour, Benoît XVI sera le bienvenu en France.

En me rendant ce soir à Saint-Jean de Latran, en acceptant le titre de chanoine d’honneur de cette basilique, qui fut conféré pour la première fois à Henri IV et qui s’est transmis depuis lors à presque tous les chefs d’Etat français, j’assume pleinement le passé de la France et ce lien si particulier qui a si longtemps uni notre nation à l’Eglise.

C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là. En faisant de Clovis le premier souverain chrétien, cet événement a eu des conséquences importantes sur le destin de la France et sur la christianisation de l’Europe. A de multiples reprises ensuite, tout au long de son histoire, les souverains français ont eu l’occasion de manifester la profondeur de l’attachement qui les liait à l’Eglise et aux successeurs de Pierre. Ce fut le cas de la conquête par Pépin le Bref des premiers Etats pontificaux ou de la création auprès du Pape de notre plus ancienne représentation diplomatique.

Au-delà de ces faits historiques, c’est surtout parce que la foi chrétienne a pénétré en profondeur la société française, sa culture, ses paysages, sa façon de vivre, son architecture, sa littérature, que la France entretient avec le siège apostolique une relation si particulière. Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes. Et la France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. Contribution spirituelle et morale par le foisonnement de saints et de saintes de portée universelle : saint Bernard de Clairvaux, saint Louis, saint Vincent de Paul, sainte Bernadette de Lourdes, sainte Thérèse de Lisieux, saint Jean-Marie Vianney, Frédéric Ozanam, Charles de Foucauld… Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. Contribution intellectuelle, si chère à Benoît XVI, Blaise Pascal, Jacques Bénigne Bossuet, Jacques Maritain, Emmanuel Mounier, Henri de Lubac, René Girard… Qu’il me soit permis de mentionner également l’apport déterminant de la France à l’archéologie biblique et ecclésiale, ici à Rome, mais aussi en Terre sainte, ainsi qu’à l’exégèse biblique, avec en particulier l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem.

Je veux aussi évoquer parmi vous ce soir la figure du cardinal Jean-Marie Lustiger qui nous a quittés cet été. Son rayonnement et son influence ont eux aussi très largement dépassé les frontières de la France. J ’ai tenu à participer à ses obsèques car aucun Français n’est resté indifférent au témoignage de sa vie, à la force de ses écrits, au mystère de sa conversion. Pour tous les catholiques, sa disparition a représenté une grande peine. Debout à côté de son cercueil, j’ai vu défilé ses frères dans l’épiscopat et les nombreux prêtres de son diocèse, et j’ai été touché par l’émotion qui se lisait sur le visage de chacun.

Cette profondeur de l’inscription du christianisme dans notre histoire et dans notre culture, se manifeste ici à Rome par la présence jamais interrompue de Français au sein de la Curie , aux responsabilités les plus éminentes. Je veux saluer ce soir le cardinal Etchegaray, le cardinal Poupard, le cardinal Tauran, Monseigneur Mamberti, dont l’action honore la France.

Les racines chrétiennes de la France sont aussi visibles dans ces symboles que sont les Pieux établissements, la messe annuelle de la Sainte-Lucie et celle de la chapelle Sainte-Pétronille. Et puis il y a bien sûr cette tradition qui fait du Président de la République française le chanoine d’honneur de Saint-Jean de Latran. Saint-Jean de Latran, ce n’est pas rien. C’est la cathédrale du Pape, c’est la « tête et la mère de toutes les églises de Rome et du monde », c’est une église chère au cœur des Romains. Que la France soit liée à l’Eglise catholique par ce titre symbolique, c’est la trace de cette histoire commune où le christianisme a beaucoup compté pour la France et la France beaucoup compté pour le christianisme. Et c’est donc tout naturellement, comme le Général de Gaulle, comme Valéry Giscard d’Estaing, et plus récemment Jacques Chirac, que je suis venu m’inscrire avec bonheur dans cette tradition.

Tout autant que le baptême de Clovis, la laïcité est également un fait incontournable dans notre pays. Je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoquées en France chez les catholiques, chez les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905. Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. C’est surtout par leur sacrifice dans les tranchées de la Grande guerre, par le partage des souffrances de leurs concitoyens, que les prêtres et les religieux de France ont désarmé l’anticléricalisme ; et c’est leur intelligence commune qui a permis à la France et au Saint-Siège de dépasser leurs querelles et de rétablir leurs relations.

Pour autant, il n’est plus contesté par personne que le régime français de la laïcité est aujourd’hui une liberté : liberté de croire ou de ne pas croire, liberté de pratiquer une religion et liberté d’en changer, liberté de ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires, liberté pour les parents de faire donner à leurs enfants une éducation conforme à leurs convictions, liberté de ne pas être discriminé par l’administration en fonction de sa croyance.

La France a beaucoup changé. Les Français ont des convictions plus diverses qu’autrefois. Dès lors la laïcité s’affirme comme une nécessité et une chance. Elle est devenue une condition de la paix civile. Et c’est pourquoi le peuple français a été aussi ardent pour défendre la liberté scolaire que pour souhaiter l’interdiction des signes ostentatoires à l’école.

Cela étant, la laïcité ne saurait être la négation du passé. Elle n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. Comme Benoît XVI, je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique, spirituel, religieux de son histoire commet un crime contre sa culture, contre ce mélange d’histoire, de patrimoine, d’art et de traditions populaires, qui imprègne si profondément notre manière de vivre et de penser. Arracher la racine, c’est perdre la signification, c’est affaiblir le ciment de l’identité nationale, et dessécher davantage encore les rapports sociaux qui ont tant besoin de symboles de mémoire.

C’est pourquoi nous devons tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : assumer les racines chrétiennes de la France , et même les valoriser, tout en défendant la laïcité enfin parvenue à maturité. Voilà le sens de la démarche que j’ai voulu accomplir ce soir à Saint-Jean de Latran.

Le temps est désormais venu que, dans un même esprit, les religions, en particulier la religion catholique qui est notre religion majoritaire, et toutes les forces vives de la nation regardent ensemble les enjeux de l’avenir et non plus seulement les blessures du passé.

Je partage l’avis du pape quand il considère, dans sa dernière encyclique, que l’espérance est l’une des questions les plus importantes de notre temps. Depuis le siècle des Lumières, l’Europe a expérimenté beaucoup d’idéologies. Elle a mis successivement ses espoirs dans l’émancipation des individus, dans la démocratie, dans le progrès technique, dans l’amélioration des conditions économiques et sociales, dans la morale laïque. Elle s’est fourvoyée gravement dans le communisme et dans le nazisme. Aucune de ces différentes perspectives – que je ne mets évidemment pas sur le même plan - n’a été en mesure de combler le besoin profond des hommes et des femmes de trouver un sens à l’existence.

Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort.

Ces questions sont de toutes les civilisations et de toutes les époques. Et ces questions essentielles n’ont rien perdu de leur pertinence. Bien au contraire. Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent.

« Quand les espérances se réalisent, poursuit Benoît XVI, il apparaît clairement qu’en réalité, ce n’est pas la totalité. Il paraît évident que l’homme a besoin d’une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d’infini, quelque chose qui sera toujours ce qu’il ne peut jamais atteindre. […] Si nous ne pouvons espérer plus que ce qui est accessible, ni plus que ce qu’on peut espérer des autorités politiques et économiques, notre vie se réduit à être privée d’espérance ». Ou encore, comme l’écrivit Héraclite, « Si l’on n’espère pas l’inespérable, on ne le reconnaîtra pas ».

Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République , les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale.

Or, longtemps la République laïque a sous-estimé l’importance de l’aspiration spirituelle. Même après le rétablissement des relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège, elle s’est montrée plus méfiante que bienveillante à l’égard des cultes. Chaque fois qu’elle a fait un pas vers les religions, qu’il s’agisse de la reconnaissance des associations diocésaines, de la question scolaire, des congrégations, elle a donné le sentiment qu’elle agissait parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement. Ce n’est qu’en 2002 qu’elle a accepté le principe d’un dialogue institutionnel régulier avec l’Eglise catholique. Qu’il me soit également permis de rappeler les critiques virulentes dont j’ai été l’objet au moment de la création du Conseil français du culte musulman. Aujourd’hui encore, la République maintient les congrégations sous une forme de tutelle, refuse de reconnaître un caractère cultuel à l’action caritative ou aux moyens de communication des Eglises, répugne à reconnaître la valeur des diplômes délivrés dans les établissements d’enseignement supérieur catholique alors que la Convention de Bologne le prévoit, n’accorde aucune valeur aux diplômes de théologie.

Je pense que cette situation est dommageable pour notre pays. Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République , c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence.

Et puis je veux dire également que, s’il existe incontestablement une morale humaine indépendante de la morale religieuse, la République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. Comme l’écrivait Joseph Ratzinger dans son ouvrage sur l‘Europe, « le principe qui a cours maintenant est que la capacité de l’homme soit la mesure de son action. Ce que l’on sait faire, on peut également le faire ». A terme, le danger est que le critère de l’éthique ne soit plus d’essayer de faire ce que l’on doit faire, mais de faire ce que l’on peut faire. C’est une très grande question.

Dans la République laïque, l’homme politique que je suis n’a pas à décider en fonction de considérations religieuses. Mais il importe que sa réflexion et sa conscience soient éclairées notamment par des avis qui font référence à des normes et à des convictions libres des contingences immédiates. Toutes les intelligences, toutes les spiritualités qui existent dans notre pays doivent y prendre part. Nous serons plus sages si nous conjuguons la richesse de nos différentes traditions.

C’est pourquoi j’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. Il ne s’agit pas de modifier les grands équilibres de la loi de 1905. Les Français ne le souhaitent pas et les religions ne le demandent pas. Il s’agit en revanche de rechercher le dialogue avec les grandes religions de France et d’avoir pour principe de faciliter la vie quotidienne des grands courants spirituels plutôt que de chercher à la leur compliquer.

Messieurs les cardinaux, Mesdames et Messieurs, au terme de mon propos, et à quelques jours de cette fête de Noël qui est toujours un moment où l’on se recentre sur ce qui est le plus cher dans sa vie, je voudrais me tourner vers ceux d’entre vous qui sont engagés dans les congrégations, auprès de la Curie , dans le sacerdoce et l’épiscopat ou qui suivent actuellement leur formation de séminariste. Je voudrais vous dire très simplement les sentiments que m’inspirent vos choix de vie.

Je mesure les sacrifices que représente une vie toute entière consacrée au service de Dieu et des autres. Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement, la solitude, le doute. Je sais aussi que la qualité de votre formation, le soutien de vos communautés, la fidélité aux sacrements, la lecture de la Bible et la prière, vous permettent de surmonter ces épreuves.

Sachez que nous avons au moins une chose en commun : c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié, on l’est dans toutes les dimensions de sa vie. Croyez bien qu’on n’est pas non plus Président de la République à moitié. Je comprends que vous vous soyez sentis appelés par une force irrépressible qui venait de l’intérieur, parce que moi-même je ne me suis jamais assis pour me demander si j’allais faire ce que j’ai fait, je l’ai fait. Je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi-même je sais ceux que j’ai faits pour réaliser la mienne.

Ce que je veux vous dire ce soir, en tant que Président de la République , c’est l’importance que j’attache à ce que vous faites et à ce que vous êtes. Votre contribution à l’action caritative, à la défense des droits de l’homme et de la dignité humaine, au dialogue inter-religieux, à la formation des intelligences et des cœurs, à la réflexion éthique et philosophique, est majeure. Elle est enracinée dans la profondeur de la société française, dans une diversité souvent insoupçonnée, tout comme elle se déploie à travers le monde. Je veux saluer notamment nos congrégations, les Pères du Saint-Esprit, les Pères Blancs et les Sœurs Blanches, les fils et filles de la charité, les franciscains missionnaires, les jésuites, les dominicains, la Communauté de Sant’Egidio qui a une branche en France, toutes ces communautés, qui, dans le monde entier, soutiennent, soignent, forment, accompagnent, consolent leur prochain dans la détresse morale ou matérielle.

En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. C’est une chance pour notre pays, et le Président que je suis le considère avec beaucoup d’attention. Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Je veux évoquer la mémoire des moines de Tibhérine et de Monseigneur Pierre Claverie, dont le sacrifice portera un jour des fruits de paix, j’en suis convaincu. L’Europe a trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu’une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d’un grand nombre d’enjeux du monde contemporain. J’ai voulu que la France prenne l’initiative d’une Union de la Méditerranée. Sa situation géographique tout comme son passé et sa culture l’y conduisent naturellement. Dans cette partie du monde où les religions et les traditions culturelles exacerbent souvent les passions, où le choc des civilisations peut rester à l’état de fantasme ou basculer dans la réalité la plus tragique, nous devons conjuguer nos efforts pour atteindre une coexistence paisible, respectueuse de chacun sans renier nos convictions profondes, dans une zone de paix et de prospérité. Cette perspective rencontre, me semble-t-il, l’intérêt du Saint-Siège.

Mais ce que j’ai le plus à cœur de vous dire, c’est que dans ce monde paradoxal, obsédé par le confort matériel, tout en étant chaque jour de plus en plus en quête de sens et d’identité, la France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. La campagne électorale de 2007 a montré que les Français avaient envie de politique pour peu qu’on leur propose des idées, des projets, des ambitions. Ma conviction est qu’ils sont aussi en attente de spiritualité, de valeurs, d’espérance.

Henri de Lubac, ce grand ami de Benoît XVI, disait : « La vie attire, comme la joie ». C’est pourquoi la France a besoin de catholiques heureux qui témoignent de leur espérance.

Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs.

La France a besoin de croire à nouveau qu’elle n’a pas à subir l’avenir, parce qu’elle a à le construire. C’est pourquoi elle a besoin du témoignage de ceux qui, portés par une espérance qui les dépasse, se remettent en route chaque matin pour construire un monde plus juste et plus généreux.

J’ai offert ce matin au Saint Père deux éditions originales de Bernanos. Permettez-moi de conclure avec lui : « L’avenir est quelque chose qui se surmonte. On ne subit pas l’avenir, on le fait […] L’optimisme est une fausse espérance à l’usage des lâches […]. L’espérance est une vertu, une détermination héroïque de l’âme. La plus haute forme de l’espérance, c’est le désespoir surmonté ». Comme je comprends l’attachement du pape à ce grand écrivain qu’est Bernanos !

Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance.

 

 

Analyse du discours de Latran par Christian Terras ci après

 L'inquiétant pacte de Sarkozy au Vatican

Dans une analyse du discours et de « l’adoubement » du président français au Vatican, Christian Terras, directeur de la revue Golias, estime que « Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge ». « Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905 », explique-t-il. Décryptant les emprunts idéologiques à Le Pen et Maurras, il estime que Sarkozy est porteur d'une  «vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde».

Christian Terras est l’auteur de Benoit XVI ; le pape intransigeant (2005), L’opus Dei, une église dans l’église (2006), Le retour des intégristes (2007) aux éditions Golias. Il dirige le site golias.fr. et l’hebdomadaire Golias, dont un numéro consacré au discours de Sarkozy au Vatican doit paraitre jeudi 3 janvier.

Dans le prochain numéro de Golias, vous analysez la visite de Nicolas Sarkozy au Vatican. Vous l’avez intitulé «Le sermon du Chanoine Sarkozy: catholique et français toujours?»…

Christian Terras. « "Catholique et français toujours" c’est une vieille rengaine qu’on reprenait dans les églises autrefois. La marque, proprement ahurissante, du discours de Nicolas Sarkozy, c’est de ne pas parler au nom de tous les français, mais à partir d’une vision catholique très traditionnelle qu’il assume comme la sienne et celle de l’Etat français. Dans ce discours à l’église, il ne tient aucun compte des apports spirituels, humanistes, culturels non seulement des religions non catholiques, mais des religions chrétiennes – comme la réforme -, sans parler des agnostiques et des athées. Il estime du reste que l’aspiration spirituelle qui est en tout homme ne trouve sa réalisation que dans la religion. C’est donc d’entrée de jeu un parti pris, sur la base d’une sensibilité, d’une vision catholique que l’on peut qualifier de traditionaliste qu’il présente comme celle de la France. Il met aussi gravement en cause l’exercice laïc de la fonction présidentielle puisqu’il identifie son engagement politique à une vocation sacerdotale. Pour parfaire son identification personnelle aux ministres de droit divin, il est allé jusqu’à dire «sachez que nous avons au moins une chose en commun, c’est la vocation. On n’est pas prêtre à moitié on l’est dans toutes les dimensions de sa vie, croyez bien qu’on n’est pas Président de la République à moitié, je comprends les sacrifices que vous faites pour répondre à votre vocation parce que moi même, je sais ce que j’ai fait pour réaliser à la mienne». C’est à mes yeux incroyable. La réalisation de sa mission politique, les sacrifices personnels qu’il évoquait durant la campagne électorale, sont dans le droit fil d’une vocation sacerdotale.

On a beaucoup remarqué les signes donnés au Vatican – le baise main au pape, l’allusion au baptême de Clovis…

 

Il donne des signes de ce qu’on appelait autrefois la chrétienté. Il s’est mis au passage à l’égal du Pape. Quand il dit «comme Benoît XVI je considère qu’une nation qui ignore l’héritage éthique religieux spirituel de son histoire commet un crime», ou encore «je partage l’avis du pape quand il considère que l’espérance est une des questions les plus importantes de notre temps»… Non content d’être le premier personnage de la France , il se met à égalité avec le premier personnage de l’église catholique romaine. Ca va très loin puisqu’il se permet de souffrir avec ceux qui ont souffert ou qui souffrent encore des lois de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, dont il est théoriquement le gardien! Il dit «je sais les souffrances que sa mise en œuvre a provoqué en France chez les catholiques, les prêtres, dans les congrégations, avant comme après 1905»… Dans une espèce d’exhortation urbi et orbi, il va aller jusqu’à pâtir avec les séminaristes du séminaire français comme jamais il ne l’a fait avec aucun sans papier ou autre insignifiant du pays. Il dit aux séminaristes «Je sais que votre quotidien est ou sera parfois traversé par le découragement ou la solitude. Je sais aussi que la qualité de votre formation, la fidélité au sacrement, la lecture de la bible et de la prière vous permettent de surmonter ces épreuves»...

C’est le premier chef d’Etat français qui prend cette position…

Absolument. Dans la tradition radicale socialiste, Chirac qui était un président de droite restait frappé du bon sens de la culture traditionnelle laïque française. Même de Gaulle qui était un catholique très pratiquant ne s’était jamais risqué avec les autorités pontificales romaines ou autres autorités hexagonales à un tel mélange de genre. Jamais. De Gaulle refusait de communier par exemple parce qu’il incarnait la France dans toutes ses composantes et qu’il ne pouvait pas donner un signe ostentatoire d’adhésion à une philosophie à un credo, fusse-t-il catholique, à la nation. Il le faisait en privé. Alors que Sarkozy s’exhibe. Tout en revendiquant, dans le même discours, «la liberté ne pas être heurté dans sa conscience par des pratiques ostentatoires». Il fait allusion à l’islam et au voile islamique. Mais on pourrait se poser des questions sur ses pratiques ostentatoires présidentielles et sa vision sur la religion. Le sommet, c’est la concurrence entre l’instituteur et le curé. Je cite: «dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et la charisme d’un engagement porté par l’espérance». C’est inimaginable d’entendre ça dans la bouche d’un président de la République. Les enseignants, les pédagos de la laïque, engagés dans les écoles difficiles par exemple dans la banlieue où ils donnent de leur vie, de leur temps, de leur exigence familiale, vont apprécier. C’est un discours qu’il n’a pas écrit. Pas plus qu'Henri Guaino. D’après notre enquête, c’est un dominicain qui s’appelle Philippe Verlin. Il pose une vision fondamentaliste et intransigeante du catholicisme dans son rapport au monde. Au final, Nicolas Sarkozy nous en fait une religion à l’américaine. Les communautés avant la citoyenneté, au risque de favoriser le communautarisme.»

Est-ce que ce positionnement est lisible dans le parcours de Sarkozy?

Sarkozy n’est pas un intellectuel, c’est un pragmatique. Et sur la question religieuse, il en est à la religion de son enfance. Il n’y a pas d’évolution dans son intelligence de la foi par rapport à ce qu’on lui a transmis quand il était jeune. Il a sa propre géopolitique religieuse. Pour lui une société qui n’est pas référencée dans le sens ultime du christianisme et du catholicisme, c’est une société qui court à sa perte. Dans son livre sur la religion l’espérance et la république, c’est idéologiquement chevillé au cœur, c’est la conviction que la République ne peut pas avoir un sens ultime pour la cohésion sociale.

L’incursion de la religion en politique évoque beaucoup l’utilisation du catholicisme par Le Pen dans ses meetings…

Sans faire référence au décalogue, c’est la même chose. C’est Le Pen en plus soft. Mais cela rappelle historiquement Charles Maurras. Maurras ne croyait pas, mais il trouvait dans l’église catholique le système parachevé qui pouvait permettre à un Etat de trouver le sens de sa destinée sur terre, par rapport aux missions de Dieu, pour que les responsables politiques puissent vivre en bonne intelligence. Pour moi, Sarkozy emprunte au système maurassien. De l’utilité du système ecclésiastique pour cimenter la cohésion sociale. Je vous donne, je vous délègue, je décentralise la question du sens et cela me permet de gérer les affaires en fonction de mon programme politique. Cela veut dire aussi j’abdique ce que la République en elle même porte comme sens. La dangerosité de ce discours, c’est quelque chose qui est passé complètement sous silence pendant la campagne présidentielle. Nicolas Sarkozy ne pouvait engager un débat sur la laïcité au moment des élections: cela mettait le feu aux poudres. Il ne peut le faire qu’en le distillant. C’est sa conception de la laïcité. Même s’il affirme ne pas vouloir remettre en cause 1905, le projet de Sarkozy violera 1905. C’est la première fois sous la cinquième République qu’un Président de la République écrit au pape  - qui l’avait félicité pour son élection -, une lettre de quatre pages pour lui donner son programme politique à la lumière de l’éclairage de l’église et du sens spirituel. D’habitude les présidents font dix lignes.

Au sein du RPR ou de l’UMP, le discours religieux n’avait aucune place jusqu’à présent…

Sarkozy réimplante quelque chose qu’on croyait d’un autre âge. C’est sa propre vision des choses mais c’est aussi l’aspiration d’un certain nombre de catholiques de droite. Même dans un journal comme La Croix , qui conserve un certain pluralisme, on n’a pas trouvé une critique, ni même l’écho d’une critique du discours de Sarkozy. Parce que dans l’église catholique, ce discours porte. Il scelle une espèce de pacte avec les catholiques français de droite. Sarkozy met le curseur sur la religion majoritaire. Il leur promet ses faveurs. Et bien sûr, il attend un retour d’ascenseur. Il leur parle de «participer à la pacification» de l’hexagone. Il leur dit «Je vous soutiendrais pour participer au débat et à la mise en œuvre des lois sur la bio éthique». Et il espère un soutien pour «son grand dessein de la Méditerranée » qui rencontre l’intérêt du Saint Siège par exemple. Rien n’est gratuit. Ce n’est pas uniquement convictionnel. C’est aussi pour obtenir des cathos une alliance et une mobilisation sur les sujets sensibles. Dans certains sites cathos, non pas intégristes mais traditionalistes, Nicolas Sarkozy est présenté comme le personnage providentiel dont la France chrétienne avait besoin.  A travers ce discours au Latran, il est perçu comme celui qui sur le plan sociétal et civilisationnel, va faire se rencontrer la République et l’Eglise. On n’est pas dans la théocratie, mais je crains qu’on ne s’oriente à terme à une remise en cause inquiétante de la laïcité française.

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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