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Mercredi 9 avril 2008

 

RFI : Revenons sur le plan annoncé par Nicolas Sarkozy, « plan de rigueur » dit la gauche, « plan d'économie, de meilleure gestion » dit le pouvoir. Pour en parler avec nous : Liêm Hoang Ngoc. Vous êtes universitaire, chercheur au centre d'économie de la Sorbonne et vous venez de publier Sarkonomics aux éditions Grasset. Un mot sur ce plan qui est présenté comme étant absolument nécessaire pour relancer l'économie française...

Je suis de ceux qui pensent que ce plan est une erreur économique. A l'heure où le monde est en train de plonger vers la récession, entraîné par la mauvaise conjoncture américaine, il faudrait au contraire relancer l'économie. A cet effet, les Etats-Unis eux-mêmes sont en train de pratiquer le déficit budgétaire. Au contraire, les 7 milliards d'économie prévus risquent de nous plonger dans la récession. Trop de rigueur tuerait même la rigueur... Le plan annoncé va plomber la croissance. Il y aura moins de recettes fiscales et les déficits se creuseront à nouveau malgré les intentions affichées....

RFI : ... mais on peut comprendre – c'est dans toute logique de bonne gestion de portefeuille, de gestion de bon père de famille – que quand ça va mal il faut faire des économies et c'est clairement l'idée du gouvernement...

La France n'est pas en faillite, contrairement à ce que dit M. Fillon. Un compte de patrimoine – il devrait le savoir – comporte un passif, la dette, mais aussi un actif, les « bijoux de famille » : les actifs que détient l'Etat. Et si vous faites le solde, il est positif. Il représente 37 % du PIB. La France peut donc s'endetter – comme le fait n'importe quelle entreprise – à très bas taux d’intérêt puisque les épargnants sont particulièrement friands des obligations d'Etat qu'émet l'Agence France Trésor . On peut donc parfaitement financer un plan de relance. Le paquet fiscal, par exemple, a été financé par la dette. Malheureusement, ce paquet de 14 milliards n'a pas provoqué le choc escompté sur la croissance. Tout le débat devrait par conséquent porter sur l’affectation des marges de manœuvre réellement existantes que mobilise déjà l'Etat par l’emprunt....

RFI : ... et quelles sont les pistes que vous développez ?

De nombreux économistes pensent que l'affectation de ces sommes vers l'innovation, la recherche, la santé, l'éducation et l'investissement public sont les pistes à explorer. Actuellement, elles ne le sont pas puisque les 15 milliards sont orientés vers la baisse du coût des heures supplémentaires et vers la redistribution « à l’envers » en direction de catégories qui épargnent.

RFI : Vous dites qu'il faut s'endetter mais le problème c'est que la dette publique est déjà très lourde. D'ailleurs, la France est pointée du doigt par les instances européennes pour son endettement ; donc c'est quelque chose qui, apparemment, est impossible.

Je viens de vous expliquer qu'il n'y avait aucune contrainte économique à l'endettement, dès lors qu’il existe une abondante épargne qui soit en mesure de financer la relance de la croissance. La croissance permet en fin de course de réduire les déficits. La meilleure façon de réduire les déficits, c'est d'accepter un déficit provisoire. Aujourd'hui, la seule contrainte à ce plan de relance - que d'autres économistes et moi appelons de nos voeux - c'est la contrainte juridique du pacte de stabilité, que Romano Prodi a qualifié de pacte de « stupidité »...

RFI : ... c'est une obligation européenne...

... c'est une obligation juridique absolument stupide sur le plan économique. L'endettement de l'état fixé à un taux de 60 % que ne justifie aucune théories économiques. La France n'est pas la moins bien lotie : aucun des grands pays de l'Eurogroupe, sauf l'Espagne, ne respecte aujourd'hui le pacte de stabilité. L'Allemagne a un taux d'endettement au-dessus de 60 %, l'Italie est au-dessus de 100 et la moyenne européenne est à 68...

RFI : ... donc il ne sert à rien de vouloir être un bon élève européen ?

Non, je pense que le Président de la république devrait profiter de sa prise de fonction au Conseil européen le 1er juillet pour lancer le chantier d’une révision du pacte de stabilité, pour accompagner la relance mondiale que les autorités budgétaires américaines sont en train d’entreprendre.

RFI : Comment ça se passe ailleurs dans le monde ? Comment les pays qui se voient guettés par cette récession réagissent ? Font-ils des économies ou creusent-ils les déficits pour relancer leur consommation ?

Les anglo-saxons sont extrêmement pragmatiques. Les Etats-Unis pratiquent résolument le déficit budgétaire pour relancer l'activité économique. Ces vingt dernières années, la Grande-Bretagne, qui n'est pas dans la zone Euro et qui n'a pas à respecter le pacte de stabilité, n'a pas hésité à descendre en dessous du critère des 3 % de déficit budgétaire annuel pour relancer son activité. D'ailleurs, on ne dit jamais qu'entre 1999 et 2006 la Grande-Bretagne a créé 560.000 emplois publics dans la santé et l'éducation, en accroissant de 5 points la part de ses dépenses publiques dans le PIB. La dépense publique a soutenu la croissance et, par voie de conséquence, les recettes fiscales engrangées ont permis à la Grande Bretagne de réduire son taux d'endettement.

RFI : Il y a-t-il une connotation libérale dans ce plan annoncé par Nicolas Sarkozy ?

Absolument, c'est la raison pour laquelle, j'ai intitulé mon ouvrage Sarkonomics en écho à la Reaganomics qui sévissait il y a trente ans aux Etats-Unis.

RFI : Donc vous pensez qu'en matière économique, il y a un atlantisme du chef de l'Etat ?

Oui tout à fait. Le chef de l'Etat, et plus généralement le RPR depuis 1979, court après les idées libérales de l'UDF pour lui piquer son électorat et ses idées – M. Bayrou en sait quelque chose… Aujourd'hui un certain nombre d'idées néoconservatrices viennent s'ajouter au nouveau programme de la Droite. Celle-ci n'est plus gaulliste, elle est, aujourd'hui, devenue atlantiste, et pas seulement sur le terrain des idées économiques. Sur le terrain géopolitique, l'alignement sur les Etats-Unis en ce qui concerne l’envoi de troupes en l'Afghanistan est significatif.

 

 

www.nouveau-ps.org

 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : NPS
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