Marie-José RAYMOND-ROSSI
- Peut on
accepter une école sans moyens, sans enseignants,
- Peut on accepter
une école sans temps et options pour réfléchir, penser, comprendre, …mais aussi rêver, une école qui n’aide plus les jeunes à se réaliser, à s’émanciper, à devenir autonome pour
devenir les citoyens de
demain,
- Peut Peut on accepter une école refermée sur elle, n’offrant plus les mêmes droits, les mêmes devoirs, les mêmes chances d’accès aux savoirs, à la connaissances, les mêmes chances de réussite à toute la jeunesse, une école privée tout simplement de sa mission de service publique de l’éducation,
- Peut on accepter une école libérale, où les établissements et les personnels seraient en concurrence et dont les parents et les élèves seraient de simples consommateurs, une école où la seule obsession comptable primerait sur les exigences d'un service public de qualité au service de la réussite de tous les élèves.
A toutes ces questions, les 18
et 19 mars les enseignants ont répondu «NON»
Les enseignants et la communauté éducative ne veulent pas de cette école.Ils ne veulent pas de l'école du 21ème siècle que nous dessine Sarkozy et son ministre Darcos.
Les 18 et 19 mars dernier, les enseignants en grève, ont ainsi voulu, signifier au Ministre de l’Education nationale leur refus de la politique éducative gouvernementale, lui dire qu’ils veulent « une autre rentrée 2008 », une autre conception de l’école, ainsi que de vraies négociations sur la revalorisation et l’avenir des métiers de l’éducation nationale.
Le président – Ministre de l’éducation nationale, déclare
vouloir remettre de l’école dans l’école. Il ne cesse de communiquer – à la place de son ministre – sur l’importance qu’il accorde à l’école primaire. Cependant, il ne crée que 580 emplois dans
le premier degré pour 17 000 élèves supplémentaires, supprime 900 postes aux concours 2008, remet en cause l’école maternelle, n’a toujours pas consulté sur les nouveaux programmes et n’a pas
encore fait connaître les mesures de la carte scolaire pour la prochaine rentrée. C’est sûrement cela remettre de l’école dans
l’école !
Quand on veut avoir des exigences, quand on affirme vouloir une école compétitive, une école qui réponde correctement à sa mission de
service publique de l’éducation, alors on lui donne des moyens et des outils adaptés pour que tous les élèves, puissent acquérir une éducation, une instruction, une culture, une curiosité, une
responsabilité, une autonomie - ingrédients indispensables si l’on veut une jeunesse ouverte sur le monde, capable de le comprendre, de l’appréhender, d’y jouer un rôle, de le faire évoluer, bref
indispensables, si on veut construire le citoyen du 21ème siècle.
Le projet de nouveaux programmes de l’école primaire ne semble, hélas, pas répondre à ces préoccupations : alourdissement des contenus par une conception mécaniste des apprentissage et un
affaiblissement de leur dimension culturelle, alors que dans le même temps on réduit le temps scolaire. De plus, la communauté éducative se demande si ces nouveaux programmes contribueront à la
réussite de tous les élèves ou si au contraire ils pénaliseront ceux qui ont le plus besoin d’école.
Enfin, l’apparition de la morale dans les programmes, et ce dès la maternelle, n’est pas sans
poser de questionnement. La mise en place de l’instruction civique et morale telle qu’elle est présentée fait référence à un modèle existant dans les années 50 et ne correspond plus aux besoins
d’aujourd’hui. A quelle morale se réfère le ministre ? En tous les cas pas à celle qui a pour objectif de faire de l’enfant un être autonome et citoyen. Quelle intention politique y a-t-il
derrière le fait d’introduire dans les programmes pour les élèves de CM2 les règles d’acquisition de la nationalité française ?
Comme pour le premier degré, les enseignants du second degré sont soucieux de préserver la qualité et les valeurs de l’école Républicaine.
Là encore, quand on a de grandes ambitions pour l’école, on lui accorde des moyens suffisants et on ne procède pas, la rentrée la rentrée 2008, à la suppressions des
11200 postes – dont 8 830 dans les collèges et les lycées publics (6700 emplois d’enseignants et 2130 emplois de stagiaires correspondant à la baisse des recrutements aux concours), on n’a pas
recours de manière très importante aux heures supplémentaires (3 500 des emplois supprimés au budget 2008 sont transformées en 63 000 HSA !). Avec de telles coupes, la plupart des
Dotations Horaires Globales des établissements scolaires du second degré (DHG) vont être amputées et, dans une grande partie des établissements, le volume des HSA (heures supplémentaires année)
va être en augmentation au détriment des Heures poste.
Ce constat s’inscrit dans un contexte très général d’attaque contre les salaires, les retraites et les statuts de tous les fonctionnaires et répond à la mise en
place du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Cette nouvelle saignée dans les effectifs enseignants, qui vient s’ajouter aux milliers de suppressions intervenues les
deux dernières années, mettra en péril l’organisation des enseignements dégradant les conditions de travail des personnels et des élèves, et portera atteinte à la qualité du service public
d’enseignement : dévalorisation du métier, suppressions ou partage des postes, réduction du nombre d’adultes dans les établissements alors que les effectifs élèves seront en augmentation.
Dans ce contexte, le risque est grand de voir – à nouveau – des menaces sur les forfaits AS et sur la coordination EPS, sur les options EPS, SES, arts appliqués, musique
etc…
Quand on a de grandes ambitions, on ne réduit pas l’offre de formation et d’enseignement par une éventuelle remise en cause des trois voies distinctes d’études (générale, technologique et professionnelle) au lycée. Par ailleurs, une réforme de l’enseignement professionnel prévoit notamment la généralisation des bacs pro en trois ans (- 1 ans) qui aboutirait à la disparition des sections de BEP ce qui pourrait entraîner une augmentation du nombre d’élèves sortant du système scolaire sans diplôme ou amènerait à pré orienter une partie des élèves les plus en difficulté dès la fin du collège vers l'apprentissage hors système professionnel public. Le boulversement qu'induit cette réforme n'est pas guidée par des préoccupations pédagogiques mais par la nécéssité qu'a le ministère de trouver les moyens de supprimer 80000 emplois d'enseignants d'ici 4 ans.
Enfin, il ne peut y avoir de véritable ambition, sans un réel respect du corps enseignant. Pour cela afin de redonner confiance, il serait nécessaire d’accepter de véritables négociations sur la revalorisation du métier enseignant et des métiers de l’éducation, dans le respect des statuts et missions.
Le rapport Pochard, véritable provocation, ne peut
en aucun cas constituer une base de discussion car il est porteur de dangers pour les statuts et les missions des enseignants. Les
orientations préconisées par ce rapport sont dans le droit fil de la loi Fillon et de ses déclinaisons depuis 2005. Il s’agit pour le service public d’éducation, "de rentabiliser en libéralisant,
de flexibiliser en annualisant, de mettre en concurrence en atomisant".
Alors que le métier est de plus en plus difficile, que les charges de travail s'alourdissent, que les enseignants réclament des moyens pour réduire les difficultés et l'échec scolaire, les
mesures proposées vont à l'encontre de ces attentes, et sont dictées par des impératifs de réduction budgétaire et par la volonté de dénaturer les métiers de l'éducation.
Il semble qu'il est grand temps de se mobiliser pour forcer le ministre Darcosarkozy à répondre aux attentes de la communanté éducative, de bien prendre un moratoire sur les suppressions de
postes, et pour lui demander de bien vouloir nous dessiner l’école, notre école du 21ème
siècle....DIS Monsieur Sarkozy, dessine moi une école
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