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Mercredi 20 juin 2007

Scénarios pour une refondation, par Philippe Marlière

Opinion publiée dans le quotidien Le Monde du 09 Juin 2007

 Le Parti socialiste est aujourd'hui amené à préciser sa doctrine, à élaborer un programme mobilisateur et à reconsidérer ses alliances. Après trois échecs présidentiels consécutifs, la situation est assez grave pour exclure les replâtrages habituels. Quatre scénarios pour une refondation socialiste peuvent être envisagés.

LE SCÉNARIO ITALIEN

En Italie, les démocrates de gauche (DS, ex-PCI) s'apprêtent à fonder un nouveau parti (le Parti démocratique) qui inclura le pôle de la Marguerite (dominé par les démocrates-chrétiens). Selon Piero Fassino, dirigeant des DS, cette alliance prend acte de la "disparition du vieux schéma tripolaire gauche, centre, droite", auquel aurait succédé une opposition feutrée entre deux grands blocs centristes, hors toute référence à la gauche. Transposé en France, il s'agirait de bâtir une force centriste dont le PS serait le pivot. Ce nouveau parti - non socialiste - engloberait les radicaux de gauche, la tendance libérale-libertaire des Verts (Daniel Cohn-Bendit) et le Mouvement démocrate de François Bayrou.Ce schéma a été esquissé par Ségolène Royal à diverses reprises. Sans référence explicite à la création d'un Parti démocrate, elle a revendiqué un "PS ouvert, sans frontière" et a prédit qu'il allait "se passer des choses localement avec le MoDem" d'ici aux élections municipales. La recherche d'alliance avec le centre droit semble des plus risquées. C'est ce que nous enseigne le cas italien : le recentrage continu des DS depuis plus de dix ans s'est accompagné d'une érosion militante et électorale constante, accentuée par les scissions de son aile gauche. En France, l'opposition gauche-droite est plus vivace qu'en Italie. Les reports de voix bayrouistes en faveur de Mme Royal ont été des plus médiocres, ce qui souligne l'incompatibilité entre électorat socialiste et électorat démocrate-chrétien en France. En outre, les reports de voix de la gauche non socialiste vers Mme Royal - décevants en 2007 - seraient assurément catastrophiques si d'aventure elle était la candidate d'un parti centriste en 2012.

LE SCÉNARIO BRITANNIQUE

C'est le développement rêvé par Dominique Strauss-Kahn et ses amis. L'accent est mis, ici, sur une refondation interne du PS qui s'inspire de la démarche blairiste au sein du Parti travailliste. Une offensive idéologique doit être conduite pour amener le PS à renoncer à la lutte pour le socialisme (combat contre un capitalisme de plus en plus débridé, défense d'un secteur nationalisé de l'économie, exigence de redistribution des richesses, etc). Des notions lénifiantes ("réformisme", "socialisme du réel", "social-démocratie") tentent de masquer les convergences avec le néolibéralisme tempéré du blairisme, de favoriser la conversion du PS à une Europe sans muscle politique et de renforcer l'alignement atlantiste du PS. A la différence du scénario italien proprement suicidaire, le scénario britannique a le mérite de la cohérence. Cette ligne pourrait l'emporter si les strauss-kahniens parvenaient à débaucher les "déçus du royalisme". Mais le problème de la mobilisation des électorats de gauche se poserait également dans ce cas : quelle serait la fortune électorale d'un parti blairisé en compétition avec une gauche radicale galvanisée par un PS qui n'aurait plus de socialiste que le nom. Car le succès du blairisme a reposé sur une série de facteurs exceptionnels, introuvables dans le contexte français : scrutin majoritaire à un tour qui sur-amplifie la dynamique du vote utile, absence de compétition à gauche pour le Parti travailliste et démantèlement avancé de l'Etat social britannique.

LE SCÉNARIO ALLEMAND

Ce serait celui de la scission de la gauche du parti, poussée vers la sortie à la suite du succès rencontré par les scénarios italien ou britannique. Il s'agirait ici de recréer un parti authentiquement socialiste. Cette situation s'apparenterait à la création de la WASG par Oskar Lafontaine, un ancien leader du SPD, en désaccord avec les politiques néolibérales du gouvernement Schroeder. Envisageable après le rejet du traité constitutionnel, alors que l'idée d'une candidature "antilibérale" connaissait une réelle dynamique, ce cas de figure est aujourd'hui impensable. La gauche radicale est aujourd'hui sur la défensive et divisée. En outre, on imagine mal quels élus socialistes de premier plan accepteraient de risquer leur carrière sur un projet aussi aléatoire.

LE SCÉNARIO SOCIALISTE

C'est celui de la rupture avec... les politiques mises en oeuvre par les partisans des scénarios italien et britannique depuis les années 1980. Il s'agirait d'abandonner le prêt-à-penser social-libéral. Instruit des erreurs du passé et s'inspirant de la démarche des assises du socialisme organisées en 1974 par François Mitterrand, ce PS aurait à coeur de maintenir le dialogue avec les diverses composantes de la gauche. Il serait rajeuni, féminisé, ouvert aux minorités ethniques, attentif aux critiques de gauche du capitalisme financier et du productivisme. Ce serait un parti réformiste radical, moderne, de masse, rompant avec la conception actuelle du parti de supporteurs pour devenir un authentique parti de militants. Ce type de parti pourrait obtenir un score plancher de 30 %, car il rassemblerait nombre d'électeurs communistes, écologistes et altermondialistes, tout en continuant de mordre sur le centre gauche. Les scénarios italien et britannique expriment des choix purement idéologiques et poursuivent, selon des méthodes différentes, des objectifs similaires (le dépassement de la nature socialiste du PS et la recherche d'alliances organiques ou conjoncturelles avec les démocrates-chrétiens et les libéraux). Le scénario socialiste est, inversement, sociologiquement motivé : il réfute la thèse infondée de la "droitisation de la société française", prend acte de la vivacité du clivage gauche-droite et anticipe la recomposition des gauches.

Ce scénario est réaliste et moderne, car c'est le seul qui puisse permettre une victoire de la gauche en 2012.

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : PS
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Mercredi 13 juin 2007

Tarification des transports publics : deux nouvelles mesures

À partir du 1er juillet 2007, le ticket T+ remplacera le ticket T, et les zones 7 et 8 de la Carte orange seront supprimées. Le détail de ces mesures.

Le conseil d’administration du Stif (Syndicat des transports d'Île-de-France) a voté hier, mercredi 6 juin, deux mesures importantes pour les usagers des transports publics : au 1er juillet 2007, le ticket T+ remplacera le ticket T, et les zones 7 et 8 de la Carte orange seront supprimées

Rendre la correspondance bus/tramway gratuite L’actuel ticket T, billet de transport à l’unité, cèdera sa place au ticket T+ à partir du 1er juillet. Il permettra comme son prédécesseur d’emprunter les réseaux métro, RER dans Paris intra-muros, mais aussi de prendre plusieurs bus et tramway en correspondance durant 1 h 30. Il sera valable sur l’ensemble des 1.200 lignes de bus franciliennes sauf sur les bus Noctilien, et 29 lignes qui font l’objet d’une tarification spéciale.

Le ticket T, d’une valeur d’1,10 € par carnet de 10 ou d’1,50 € à l’unité, ne sera pas vendu à bord des bus. Pour ne pas ralentir la vitesse moyenne du trafic, les usagers sont invités à anticiper leur achat. Un titre de remplacement sera néanmoins proposé aux passagers : un ticket d’accès à bord, qui ne permet aucune correspondance, au tarif d’1,50 €.

La mesure, qui devrait concerner 400.000 voyageurs chaque mois, est estimé à 21 millions d’euros par le Stif.

Fusionner les zones 6-8

À partir du 1er juillet, la carte des transports en commun de la région Île-de-France sera découpée en 6 zones. Les usagers des zones 7 et 8 paieront leurs forfaits (carte Orange, Imagine R, intégrale et Mobilis) au tarif de la zone 6 (118,50 € pour le forfait Carte Orange mensuel). Une économie de 18 % sur le forfait Carte orange zones 1-8, de 10 % sur le même forfait zones 1-7. ??Le coût estimé de cette mesure, qui rend les transports plus accessibles aux habitants de la Grande Couronne, est de 5 millions d’euros, financé par la Région et les huit départements. L’ensemble des tarifs des transports augmenteront en moyenne de 1,8 %, soit au niveau de l’inflation.

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : conseil regional
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Mercredi 23 mai 2007

« Vous avez dit traître...» 

Le phénomène Kouchner m’a longtemps interrogé...je me demandais si je devais le classer à la rubrique « traître ». J’en suis arrivée à la conclusion que KOUCHNER n’était pas un traître comme je l’entends dire ici et là car il n’a jamais été réellement de gauche. Je pense plutôt qu’il s’agit d’une girouette avec un ego surdimensionné (ou comme le dit CP d’un tourniquet) sur qui souffle le vent de l’individualisme et du carriérisme. Le vent soufflait si fort en ce moi de mai que le masque est tombé laissant clairement apparaître qui est le vrai Monsieur Kouchner. 

 

Je suis arrivée à une telle conclusion en regardant de près les dernières prises de position de cet homme « classé à gauche »...Classé à gauche par qui d’ailleurs ? Je ne comprends pas l’étonnement de certains au sein même de mon parti...

 

Il y avait tout de même des signes avant coureurs qui démontraient la véritable orientation politique de Kouchner.

Ne serait-ce pas Kouchner qui s’était prononcé en faveur de la réforme Juppé de la Sécurité sociale, pour l'ouverture du capital d'EDF, qui a, « au nom des droits de l'homme », approuvé l'intervention américaine en Irak, qui était pour le CPE, pour la réforme des retraites de Raffarin et de la réforme de la sécurité sociale de Fillon. Que de gages donnés à la droite !!! 

Le même qui en décembre 2006, déclarait qu'il se verrait bien ou pourquoi pas dans un gouvernement d'union nationale si Nicolas Sarkozy était élu, tout en réaffirmant sa fidélité au Parti socialiste ;

Le même qui en février 2007, a rejoint l'équipe de campagne de notre candidate Ségolène Royal tout en prônant l'ouverture politique comme la proposait François Bayrou.

Le même qui dans cette même logique, et suite à l'appel de Michel Rocard était pour un accord PS-UDF, qui prenait position pour un rapprochement avant le premier tour entre Ségolène Royal et François Bayrou 

Eh bien oui c'est lui, le même qui est depuis le 18 mai dernier ministre de Sarkozy donc ministre de droite. 

Kouchner n’est donc pas un traître puisqu’il n’a jamais été réellement de gauche. 

Monsieur Kouchner se dit déçu du Parti Socialiste qui ne l’a jamais reconnu à sa juste valeur et qui ne lui a jamais donné de poste de Député. C’est quoi la juste valeur d’un homme de gauche ? Ou d’un homme tout court ?

Je rappelle juste qu’il a été ministre de gouvernement de gauche. 

- Secrétaire d'État auprès du ministre des Affaires sociales et de l'Emploi, chargé de l'Insertion sociale du gouvernement Michel Rocard (1) (du 13 mai au 28 juin 1988) 

- Secrétaire d'État auprès du Premier ministre chargé de l'Action humanitaire du gouvernement Michel Rocard (2) (du 28 juin 1988 au 17 mai 1991) 

- Secrétaire d'État auprès du ministre d'État, ministre des Affaires étrangères, chargé de l'Action humanitaire du gouvernement Édith Cresson (du 17 mai 1991 au 4 avril 1992)

- Ministre de la Santé et de l’Action humanitaire du gouvernement Pierre Bérégovoy (du 4 avril 1992 au 30 mars 1993)

- Ministre de la Santé et de l’Action humanitaire du gouvernement Pierre Bérégovoy (du 4 avril 1992 au 30 mars 1993)

- Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Emploi et de la Solidarité, chargé de la Santé du gouvernement Lionel Jospin (du 4 juin 1997 au 28 juillet 1999)

- Ministre délégué auprès du ministre de l'Emploi et de la Solidarité, chargé de la Santé du gouvernement Lionel Jospin (du 6 février 2001 à 7 mai 2002)

 

Se dire mal traité, pas apprécié à sa juste valeur relève de la mauvaise fois ou alors d’un ego surdimensionné. Je voudrais juste dire qu’il n’y a pas deux sortes de militants, ceux qu’on doit « distinguer » et « remercier »et les autres. Beaucoup de nos camarades - militants, d’en haut ou de la base, pourraient se considérer également mal traités, pour « non retour sur investissements militants ». Mais êtres militants c’est se battre simplement pour des convictions, pour faire avancer nos valeurs, pour porter un choix de société et non pour avoir « un poste » ou une « considération ». Qu’elles ont été les actes militants de ce Monsieur ? Est - ce de passer à la télé ? Est -ce d’être ministre ?...quel mépris pour nous !!! 

Déçu de ne pas avoir été fait député pour son mérite, mais Monsieur KOUTCHNER, un poste de Député, ce n’est pas une récompense, un cadeau en fonction d’un sondage de popularité, cela s’obtient par un travail militant et de terrain, par une implication et un engagement dans la vie du parti, par une action militante dans un territoire, dans une fédération, en allant au contact des populations et des militants, en acceptant le vote populaire. 

Kouchner n’est donc pas un traître puisqu’il n’a jamais été militant et impliqué dans la vie du parti, il voulait juste être présent le jour de la remise des prix. 

Un traître c’est celui qui trahit son camp, Kouchner n’a pas pu nous trahir car il n’a jamais été dans notre camp, c’est juste un homme de droite qui a retrouvé son vrai visage. Le considérer comme traître se serait lui rendre un grand hommage en lui accordant le crédit « d’être un homme de gauche » et laisser penser qu’un jour il pourrait après un « mea culpa » retrouver le chemin de la maison socialiste. 

J’espère maintenant qu’il passera de bons moments au royaume de Nicolas 1er assis aux côtés de Johnny et doc Gynéco, que pleins de prix lui seront donnés...mais si par bonheur le vent venait à tourner, laissons le « french doctor » et son ego sur le trottoir de Solferino. 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : coup de COLERE
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Mercredi 23 mai 2007

Selon l’Institut BVA, la France ne s’est pas « droitisée »  Les Echos - Cecile Cornudet | 22 mai 2007   

 

Les résultats de la présidentielle seraient trompeurs pour BVA, qui continue de penser que le rapport de force idéologique penche du côté de la gauche. Ce que Nicolas Sarkozy aurait parfaitement intégré en proposant un gouvernement « d’ouverture ».  

 

A quatre semaines des élections législatives, tous les instituts de sondage prédisent une nette victoire de l’UMP, voire un raz de marée. Et pourtant, « contrairement à l’impression que pourraient donner les résultats de l’élection présidentielle, la France ne s’est pas droitisée », affirme Gaël Sliman, directeur adjoint de BVA Opinion, qui vient de passer au crible six mois de résultats et d’attentes des Français.  

 

Si l’on regarde les attentes des électeurs, leurs valeurs et même leurs affinités partisanes, « l’état des forces idéologiques dans le pays penchait même encore assez nettement à gauche avant le 1er tour », avance-t-il. En décembre dernier, quelque 54 % des électeurs se disaient « proches de la gauche », contre 46 % de la droite. Quand on leur demandait, mi-novembre, de qui ils « souhaitaient » la victoire, 41 % contre 30 % répondaient que c’était « celle du candidat de gauche ». Quand on faisait la liste de leurs préoccupations, les sujets sociaux - emploi, pouvoir d’achat, précarité, éducation - arrivaient devant la sécurité et l’immigration. Et ils faisaient alors nettement plus confiance au PS qu’à l’UMP pour y répondre.  

 

Thèmes secondaires  

 

Alors, que s’est il passé ? Une campagne électorale, tout simplement. En l’espace de trois mois, la donne a radicalement changé. Exemple ô combien symbolique : l’emploi. En décembre 2006, Ségolène Royal avait, dans la lutte contre le chômage, une avance de « crédibilité » de 5 points sur son rival UMP. Trois mois plus tard, c’est lui qui la devançait de 13 points. En réalité, c’est moins le positionnement de la candidate socialiste qui aurait déstabilisé les électeurs, avance BVA, que son choix de faire campagne sur des thèmes pour eux secondaires, et l’absence de cohérence d’ensemble de sa ligne économique et sociale. « Elle a eu tendance à aller sur des sujets périphériques (démocratie sociale...) ou à vouloir se positionner sur les lignes de force de son adversaire (sécurité, nation...) », observe Gaël Sliman, « sans fournir, jusqu’au soir du premier tour, d’éléments clairs sur sa ligne et sur ce qu’elle ferait en matière économique et sociale si elle était élue ». En face, Nicolas Sarkozy a certes mené une campagne très à droite, mais « il a au moins proposé des solutions sur des enjeux qui intéressaient les gens, notamment « travailler plus pour gagner plus » », poursuit-il.  

 

Reste à savoir quelles conséquences en tirer. Pour le PS, ce sera très difficile de redresser la barre d’ici aux 10 et 17 juin, « parce qu’on ne bâtit pas une cohérence politique en quelques semaines ».  

 

Des gages d’ouverture  

 

En revanche, cette analyse du rapport de force idéologique expliquerait en grande partie le choix de Nicolas Sarkozy d’intégrer des personnalités de gauche dans son gouvernement. « Il a vilipendé Mai 68 et accueille dans son gouvernement Bernard Kouchner, incarnation vivantede Mai 68, au risque de déstabiliser son électorat », relève Gaël Sliman. Le président de la République ne chercherait pas uniquement à affaiblir le PS à la veille des élections législatives. Il aurait compris, lui le grand consommateur d’études d’opinion, que, pour mettre en oeuvre son programme de droite, il lui fallait donner des gages d’ouverture aux Français 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : PS
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Lundi 21 mai 2007

Réinventer la Gauche  

 

La défaite est lourde, la défaite est triste. Ce texte répond à un besoin immédiat d’exprimer notre envie de comprendre. Il n’a la seule ambition que d’être une première contribution à la nécessaire réflexion collective qui nous attend bientôt. Il ne veut s’en prendre à  personne si ce n’est à nous tous : comment avons-nous pu perdre cette élection présidentielle ? Comment avons-nous pu laisser Sarkozy devenir président après cinq années de gouvernement de droite très impopulaire ? Comment avons-nous laissé échapper la victoire après tant de mouvements sociaux et d’élections intermédiaires gagnées ? Le bilan de la campagne présidentielle devra être fait mais nous savons que notre échec vient de plus loin, qu’il a des causes structurelles, qu’il est l’aboutissement d’un lent recul politique et culturel face aux libéraux. La gauche ne doit pas dire « charge sociale » mais « cotisation », elle ne doit plus avoir peur d’affirmer ses valeurs d’égalité quand en face on s’assume parfaitement, elle doit reconquérir les cœurs mais surtout les têtes.  

 

1/Evitons les faux-débats  

 

Ce n’est pas seulement Ségolène Royal et les socialistes qui ont subi une lourde défaite lors de l’élection présidentielle, c’est toute la gauche qui est menacée de marginalisation. Ceux qui cherchent une solution dans une « modernisation » libérale de la Gauche se trompent tout autant que ceux qui veulent la pousser vers la radicalité. Evitons les faux-débats : la nature réformiste et sociale-démocrate du PS est une réalité depuis au moins vingt ans, on peut même dire qu’elle est celle de la Gauche toute entière pour au moins 90% de ses acteurs, militants et surtout électeurs. En effet, les mêmes questions sont posées à toute la Gauche en France mais partout ailleurs aussi : comment assurer dans le cadre d’une économie capitaliste plus ou moins mondialisée des politiques démocratiques de justice sociale et promouvant l’intérêt commun et notamment celui des plus modestes ? Comment assurer la victoire du long terme sur la courte vue du marché dont la menace la plus évidente est l’accroissement des menaces écologiques ? Comment construire des relations internationales équilibrées permettant la reconnaissance, le développement et la dignité de tous ?  

 

2/ Une lente défaite sociale et culturelle  

 

La Gauche n’est plus idéologiquement majoritaire, y compris dans les classes sociales les plus modestes. Les mutations du capitalisme de la fin des années 70, les changements géo-politiques majeurs de l’après-guerre froide ont brisé le fragile rapport de force social qui existait dans les pays développés du « monde libre » de l’époque. La casse du cadre keynésien de la régulation macro-économique est alors en route permettant aux détenteurs de capitaux de prendre leur formidable revanche contre l’Etat social établi dans les années de la Grande Dépression des années 30. C’est le début de la grande vague « néo » libérale dénonçant tout frein à un marché doté de toutes les vertus. La « mondialisation » commence alors, brisant  la possibilité pour les salariés de se défendre par la création d’une concurrence toujours plus grande entre travailleurs. La libéralisation des marchés financiers annule les armes traditionnelles des peuples pour se protéger contre les investissements à court terme. L’entrée dans la division internationale du travail de la Chine et de l’Inde est le prétexte à un partage toujours plus inégal de la valeur ajoutée entre capital et travail.  

 

Ce renforcement considérable du capital a aussi des conséquences idéologiques et culturelles lourdes. Il se traduit par une destruction confuse mais énergique des présupposés même des idéaux de progrès. La mise au pas des médias, la dévalorisation de la culture et de la réflexion au profit de l’ « action », le dénigrement du collectif par rapport à l’individu, la destruction de toute théorie critique au nom d’une idéologie « anti-totalitaire » sans réel contenu, sont quelques aspects des processus qui amènent les populations à ne plus croire qu’à la compétition, ou au mieux à la charité. La voie est ouverte alors pour opposer les catégories populaires entre elles : immigrés contre « petits blancs », smicards contre Rmistes, travailleurs pauvres contre chômeurs. On remplace l’axe vertical Capital-Travail par un axe horizontal travailleurs-« inactifs » tendant à ériger la tyrannie des actionnaires comme un fait inébranlable contre lequel « on ne peut rien faire ».  

 

Sans doute cette première phase du nouveau capitalisme se termine, les remises en cause, même partielles, du libre-échange intégral se font jour, l’ère des « blocs » géo-économiques commence peut-être… Ne soyons pas encore en retard d’une analyse.  

 

La gauche social-démocrate n’est pas exempte de contamination, ni en France, ni ailleurs. Les créations de gauches « modernes », valorisant le sociétal (dans un sens laxiste ou autoritaire peu importe) pour ne plus rien dire du social ou dogmatisant la construction européenne pour l’utiliser comme idéologie de remplacement ont été le signe de cet affaiblissement.  

 

Les naissances de « troisièmes voies » auto-proclamées sont les paravents à un renoncement fondamental : la gauche est vaincue car elle est persuadée des axiomes de l’adversaire. Il ne s’agit plus de construire démocratiquement et progressivement un rapport de force plus favorable au travail mais d’adoucir et d’humaniser une domination capitaliste toujours plus réelle mais qui disparaît dans le firmament des « contraintes ».  

 

3/ Reconstruire.  

 

Il faut donc remettre la social-démocratie en mouvement en la réarmant théoriquement et pratiquement, en organisant sa contre-offensive culturelle et organisationnelle.  

 

Allons même plus loin, c’est toute la gauche qu’il faut reconstruire en brisant les anciennes frontières pour faire émerger une force neuve, conquérante et fédératrice, un nouveau mouvement ou parti sûr et fier de ses valeurs et de son projet.  

 

D’un certain point de vue, la victoire de Nicolas Sarkozy nous montre la voie par sa reconstruction idéologique de la Droite, sa volonté d’en finir avec un « recentrage » démobilisant pour assumer sans complexe ses valeurs et ses thèmes. Il a voulu gagner culturellement la bataille politique avant de vaincre électoralement. Ainsi, il a pu s’assurer un soutien inconditionnel de ses électeurs traditionnels, se permettant ensuite le luxe d’aller chercher ses électeurs ailleurs : à l’extrême-droite, au centre mais même, disons-le, à gauche aussi. Doit-on se satisfaire que ce soient la France du Nord et de l’Est qui plébiscitent Sarkozy, c'est-à-dire la France des grandes industries sinistrées, des campagnes inquiètes quand nous faisons nos meilleurs scores dans la France « soft » des moyennes villes dynamiques de l’ouest, au chômage encore assez bas, aux universités modernes et en pleine ascension ? La Gauche ne peut-elle que représenter les couches intellectuelles, les catégories populaires des cités des grandes villes et les artistes des centres urbains ? 

La course au centre qui nous est proposée est la même erreur que celle commise par les démocrates américains depuis la défaite de Clinton : la politique comme une addition tactique de voix. Certes, il faut écouter la société et ses souffrances mais il faut surtout lui affirmer avec force ce que nous voulons, nous devons gagner dans les têtes avant de gagner dans les urnes. La gauche ne peut se contenter d’être une anti-droite.  

 

Pour cela, il nous faut agir dans l’ordre : organiser une résistance forte au sarkozysme triomphant lors des législatives de Juin, rassembler ensuite de grandes assises de tous ceux et celles qui veulent reconstruire une perspective progressiste dans  notre pays, créer alors un nouveau cadre politique rassemblant l’essentiel de la gauche.  

 

Les questions de leaderships viendront en leur temps. Commencer par elles c’est abaisser ce que nous sommes, mépriser le peuple et désespérer nos militants, sans doute il y a-t-il mieux à faire.

Les membres des instances fédérales du PS Paris :  Guillaume Balas, Fabien Badinier, Corine Barlis, Olivier Berthelot, Murielle Blaisse, Julien Bobot, Jeanne Bot, Nicolas Braemer, Stéphane Bretout, Fanelie Carrey-Conte, Sandrine Charnoz, Pascal Cherki, Olivier Daronnat, Virginie Daspet, Soulé Diawara, Claire Edey, Aude Evin, Léa Filoche, Lauren Gimenez, Frédéric Hocquard, Catherine Joly, Fabrice Labroille, Stéphane Lovisa, Thierry Malarde, Lucie Marinier, Isabelle Martin, Nathalie Maquoi, Claire Morel, Yannick Pain, Carine Petit, Emilie Pouradier, Axel Rabourdin, Rodolphe Raphaël, Marie-José Raymond-Rossi, Bastien Recher, Delphine Rouilleault, Ambroise Solomon, Laurent Touzet, Julie Tartarin, Pauline Veron, Alexandre Wattiez.

 

 

 

par Marie-José RAYMOND-ROSSI publié dans : NPS
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