Conseil Régional d’Ile-de-France Séance des 27 et 28 septembre 2007
Question orale posée le Groupe Socialiste et Apparentés
Ces derniers mois, la question du coeur de l’agglomération francilienne a fait l’objet de nombreuses prises de position.
Si les élus du Groupe socialiste considèrent que ce débat constitue un enjeu majeur, ils s’étonnent de la précipitation avec laquelle un certain nombre de responsables de la majorité gouvernementale tentent d’enfermer le devenir du coeur d’agglomération francilien dans un débat institutionnel, qui plus est, faisant fi de l’évolution du reste de la métropole
Les élus du Groupe socialiste s’inquiètent en outre de la tentation centralisatrice qui semble saisir le Gouvernement. L’évolution du centre de l’agglomération nécessite pour le moins une réflexion, un débat et une concertation avec les élus du Conseil Régional d’Ile-de-France.
Par conséquent la question se pose de savoir si les responsables de la majorité gouvernementale ne prennent pas en otage cette question du coeur de l’agglomération pour contrer, une fois de plus, l’avant projet de SDRIF voté, au terme de la loi, par la majorité de notre assemblée régionale en février dernier. Rappelons que l’identification des enjeux propres à la zone dense et la planification d’infrastructures nouvelles de transports, évoquées par le Président de la République, sont inscrites dans le projet de SDRIF, et ce après un débat avec l’ensemble des collectivités franciliennes et dans une politique de rééquilibrage territorial à l’est de l’agglomération.
Le Groupe socialiste souhaite la tenue d’un débat serein sur les possibles évolutions du centre de l’Ile-de-France. L’importance de ce débat, les enjeux qu’il sous-tend et les conséquences qu’il engendre nécessitent une prise d’initiatives concertées dans un climat de sérénité et de responsabilité.
Monsieur le Président, quelles initiatives comptez-vous prendre dans le cadre de ce débat sur le devenir du coeur de l’agglomération francilienne ?
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Réponse de Jean-Paul HUCHON à la question orale du Groupe Socialiste et apparenté sur l’organisation du coeur de l’agglomération francilienne
Cher collègue,
Votre question mérite tout particulièrement l’appellation de question d’actualité.
Certes, la réflexion sur l’organisation du coeur de notre région et son rôle dans la vie de l’ensemble des franciliens a irrigué nos débats sur le SDRIF depuis à présent 3 ans. Certes, aussi, elle a constitué un axe de travail important de concertation entre les communes plus ou moins proches du centre de Paris depuis 2001. Certes, enfin, elle est sous jacente aux débats de la Conférence métropolitaine auxquels nous participons depuis deux ans.
Mais, c’est au cours de ces derniers mois, de ces dernières semaines que le débat public s’est emballé sur le sujet et a amené femmes et hommes politiques, socio professionnels ou encore experts de tous horizons à donner leurs avis, formuler des propositions parfois conçues dans la précipitation et la méconnaissance du sujet. Alors, oui, je vous remercie de me donner l’occasion de prendre la parole sur ce sujet devant notre assemblée. Pour poser devant vous les éléments d’appréciation du sujet et vous faire une proposition.
L’organisation du coeur d’agglomération est une question ancienne qui nous plonge dans la longue histoire de la région capitale, de la place qu’y tient Paris, de celle longtemps concédée à la banlieue, de ce qui a motivé la création des villes nouvelles. Une histoire longue aussi des rapports entre pouvoirs locaux et Etat. Chacun la connait.
Pour autant, il s’agit là d’un sujet très contemporain intimement lié aux mutations urbaines et sociales de notre agglomération, aux défis d’aménagement qui sont les nôtres, au rayonnement et à la visibilité de la métropole.
Faire évoluer cette organisation est enfin un choix politique de nature à changer radicalement le devenir de la région francilienne, ou parisienne, qu’importent les mots.
L’hypothèse est posée mais elle est aussi complexe que peu définie. Et du flou, ne peuvent émerger que des solutions incertaines, génératrices d’inquiétudes et, finalement, de frustrations et de rejet.
De quoi parle-t-on exactement ?
Le parallèle avec les communautés urbaines nous montre bien que les dispositifs actuels ne sont pas adaptés aux spécificités qui sont les nôtres. Et les comparaisons internationales nous invitent à considérer toute une gamme de possibles. New York, Londres, Berlin ou Barcelone sont loin de dégager un standard unique, et c’est le Président de Métropolis qui vous le dit. Et, surtout, comme le projet de SDRIF le montre très précisément, le coeur d’agglomération exige des politiques spécifiques. Il n’en fait pas moins système avec l’ensemble de l’agglomération régionale. C’est bien le sens de l’approche par faisceaux qui structure notre projet d’aménagement et dépasse la logique des couronnes.
Au fond, au-delà des meccanos institutionnels, reste pendante une question majeure : une évolution de l’agglomération, pour quoi faire ? Et pour quel bénéfice des franciliens ?
Le débat est très vaste, n’en déplaise à ceux qui souhaiteraient le clore ou l’instrumentaliser.
J’ai échangé avec différents responsables politiques franciliens, y compris ceux qui participent avec nous à la conférence métropolitaine, représentants de collectivités de gauche et aussi de droite (enfin, dirais-je pour ces derniers) et, bien sûr, avec le Maire de Paris Bertrand Delanoé.
Tous considèrent que le conseil régional doit prendre sa place dans le débat. Il est, vous en serez d’accord, moins soumis à la pression que les communes dans les mois à venir. Il doit donc prêter son intelligence et sa sérénité pour éclairer aujourd’hui la réflexion et demain la position que nous, élus locaux, aurons à prendre et à proposer, d’abord à l’Etat, puis aux grands acteurs et aux Franciliens eux-mêmes.
Dans le mois qui vient, en préparation de notre prochain conseil régional, je prendrai l’attache de chacun des groupes de notre assemblée pour construire le dispositif le plus adapté à la mission que je voudrais voir remplie par notre institution, au travers d’une commission ad hoc, dans les formes prévues par notre règlement intérieur en son article 5, alinéa 1.
Il s’agit en effet d’ouvrir le champ des possibles, quitte à inventer. Il s’agit d’analyser, d’expertiser les solutions, d’en examiner les conséquences pour chacun des acteurs, en particulier la Région, car, ne l’oublions pas, nous sommes, en tant qu’institution, potentiellement impactés par les choix qui seront faits. Je le disais hier en marge de la conférence métropolitaine, « ce qu’il nous manque, c’est d’intégrer dans la réflexion toutes les données du sujet pour nous prononcer en responsabilité sur les scénarios, les périmètres et les compétences possibles »
Je souhaite que, sans exclusive politique et dans la plus grande transparence, nous apportions notre contribution à ce débat, en recherchant le meilleur pour les Parisiens, pour les habitants des proches et lointaines banlieues, pour les Franciliens dans leur ensemble.
Car si les spécificités de la zone dense sont au coeur des débats, notre responsabilité est aussi celle de l’agglomération francilienne d’aujourd’hui et de demain.